sábado, 28 de febrero de 2026

Je t'ai imaginée

Un poème des Derniers poèmes d'amour de Paul Eluard (Paris: Seghers, 1989).

 

 JE T'AI IMAGINÉE

   

Le grand merci que je dois à la vie

Non à la mienne mais à toute vie

Car tu es femme entière à la folie

Et rien n'a pu te réduire à toi-même

Dons mon enfance ma confiance d'or

Sur la litière où nous n'avons qu'un cœur

Fuyez misères à visage d'homme

Veiller sur toi c'est rêver d'être toi

 

 

C'est être sérieux

Sans avoir rien appris

Si de raison ma tête s'éclairait

Je ne serais qu'un homme qui a tort

Baiser m'enivre un peu plus qu'il ne faut

 

 

Je suis futur et rien n'a de limites

Toi l'endormie moi l'homme sans sommeil

Nous partageons une marge indistincte

De fruits de fleurs de fruits couvrant les fleurs 

Et de soleil s'enchevêtrant aux nuits

 

 

Comme si la nuit

Etait la terre des couleurs

Comme si la verdure et l'automne

Naissaient du gel fixé aux branches

Comme si ces vivants que l'on nomme

Sel de la terre ou lumière de nuit

Ne pouvaient pas se contrefaire

Ne pas avoir un ventre déférent

Des seins décents aimables complaisants

Et ces mains obstinées au travail des caresses

O+u en es-tu je vis j'ai vécu je vivrai

Je crée je t'ai créee je te transformerai

Pourtant je suis toujours par toi l'enfant sans ombre

Je t'ai imaginée.

 

 

 

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